Actualités | 18 mars 2008

Une tonne d’ennuis pour un kilo de contreparties

Réaction de FO à l’enquête du journal Transports Info Hebdo sur les problème de recrutement.

Pour Gérard Apruzzese, responsable de la Fédération FO des conducteurs routiers, la profession souffre d’un exebs de contrôles et de responsabilités.

Transport Info Hebdo Constatez-vous une pénurie de conducteurs routiers ?

Gerard Apruzzese : Oui ! Elle se vérifie par la diminution de la durée des carrières. Ceux qui entrent dans la profession y restent de moins en moins longtemps et on observe un turn-over très important dans les entreprises. Les jeunes qui arrivent avec quelques espoirs sont souvent déçus. Cela s’explique par le faitqu’il y a de moins en moins de potentialités. L’intérêt d’un métier, c’est d’abord sa structure et son traitement social, donc les conditions de travail et les rémunérations. Aujourd’hui, le métier offre une tonne d’ennuis pour un kilo de contreparties. Nous avons de vraies difficultés avec la rémunération et un métier de plus en plus contraint, surveille et responsabilise. Aujourd’hui, en cas de contrôle ou d’accident, le conducteur a une responsabilité pénale de plus en plus affirmée. Le regard porte sur nous par les clients et donneurs d’ordres est toujours négatif. La pression du temps est telle qu’on se fait toujours houspiller par quelqu’un. Au total, une accumulation de points négatifs, sans contreparties positives.

TIH : la Demande ne devrait-elle pas jouer en faveur des conducteurs ?

GA Oui, la pénurie pourrait être positive, dans la mesure ou elle valorise la profession. Mais nous craignons que l’IRU et le patronat français ne profitent de cette situation pour faire entrer sur le marche des conducteurs d’Europe centrale et orientale, évitant ainsi de remettre les choses a plat. Dans la messagerie, il y a une carence assez forte parce que c’est un métier difficile et hypercontraint : 20 a 30 livraisons par jour, autant de ramasses, et des salaires au niveau du Smic. Maintenant, la pénurie n’est sensible que dans les périodes de forte charge, comme en juillet-août ces deux dernières années. Elles est donc réelle, mais il faut en déceler les causes et nous devons apporter des réponses pour que ce métier puisse redevenir intéressant.

TIH : Quelles pistes preconisez-vous ?

GA La pression du temps sur le conducteur est trop forte. Elle s’exerce sur l’employeur qui la retransmet au salarie, ce qui fait que l’un et l’autre en sont victimes. Sur cette question, c’est ensemble que nous pourrions apporter des améliorations. L’autre élément négatif est l’aspect liberté, qu’on pouvait trouver par le passé et qui nous permettait de nous organiser. C’est le problème de tous les métiers d’hommes isoles la pression est d’autant plus forte qu’elle ne peut être extériorisée et exprimée. C’est pour cette raison qu’on ne peut gérer un salarie qui travaille seul comme celui qui travaille en collectif. Celui qui est seul et se fait réprimander chez un client va le ruminer. Dans la course au temps, cet élément humain doit être pris en compte. Pour la même raison, on ne peut dire a un conducteur un vendredi soir : "Tu ne rentres pas chez toi, tu repars dans l’autre sens", en sachant qu’il va être bloque le dimanche ! Enfin, si des évolutions indéniables ont eu lieu sur le matériel, les aires de repos, en revanche, devraient être humanisées et, surtout, sécurisées.

PATRICK DE SAGAZAN

Réaction de lecteur à l’enquête du magasine Transport Info-Hebdo.sur les problèmes de recrutement dans le transport routier marchandise.

Des salaires trop bas !

Pascal, 45 ans "II y a vingt ans, quand j’ai quitté l’usine pour la route, les salaires étaient supérieurs de 5% au Smic. Aujourd’hui, dans l’entreprise ou je suis, les salaires les plus bas sont au niveau du Smic, quand vous démarrez. Autant travailler en usine, ou vous n’avez pas toutes les contraintes du métier de conducteur routier."

Pouvoir faire plus d’heures.

Stéphane, 32 ans, fait du balisage autoroutier et découche quatre nuits par semaine : "Je suis paye 8,80€ l’heure, au taux de la convention et je suis limité a 12 heures par jour ! Je souhaiterais en faire davantage afin de gagner plus. Mais c’est impossible. Résultat, on est toujours a calculer les heures faisables."

Moins de liberté !

Daniel : "Je transporte des matériaux de construction. J’ai commence comme mécanicien chez Olivetti, puis j’ai passé mon permis PL a l’armée. J’ai ensuite opté pour la route a cause du sentiment de liberté du métier, il y a trente ans. Mais je ressens de moins en moins cette liberté, non seulement a cause du chrono, mais aussi des bouchons plus nombreux aujourd’hui et des contrôles beaucoup plus fréquents. De plus, la totalité des heures travaillées n’est pas toujours enregistrer sur le chrono."

Trop de surveillance et de sanctions !

Jean : "J’ai commence dans le métier en 1982, pour n’avoir personne sur le dos. Durant seize ans, j’ai fait de (’international. Je partais plusieurs semaines d’affilée, j’avais un sentiment de liberté. Pour avoir une vie de famille, j’ai quitte l’international. Aujourd’hui, les camions sont suivis par satellite. On est "fliquè",. Avec le flux tendu et les impératifs de livraison, a toute heure du jour et de la nuit, les temps sont trop comprimes et les délais sont durs a tenir. Par ailleurs, on est sans cesse contrôlès. Je me suis fait sanctionner a Nemours pour deux minutes d’infraction sur 28 jours. des contrôles sont plus fréquents pour les camions français : tous les camions étrangers nous doublent tranquillement."

Des amendes à payer cash !

Pascal Goument, 45 ans, fait de l’international chez Norbert Dentressangle : "Les conducteurs subissent de plus en plus de répression sur les routes et doivent payer cash les excès de vitesse !"

Une vie de famille menacée !

Lilian conduit depuis 25 ans et ravitaille les centrales à béton en région parisienne depuis trois ans : "A 8,85€ l’heure, on est page au Smic ! Je gagne entre 2 100 et 2 400 euros par mois, en net, tous frais inclus parce que je fais 280 heures par mois. J’ai quitté (’international car, à l’époque ou je partais pour ne revenir que le week-end, mon fils m’a dit un jour : "Je ne te connais pas !"

La vie est trop chère !

Alain fait chaque jour le trajet Paris-Lyon : "Aprés 30 ans de conduite, je gagne 2400€ nets, mais tout est cher sur la route et la convention sur les frais de route ne permet plus de couvrir les frais de repas. Aussi, de plus en plus de chauffeurs mangent dans leur camion."

Qualité du matériel impérative !

Kader, 43 ans. Conducteur longue distance, il part le lundi et rentre chez lui le vendredi : "Je gagne 2 500€ par mois, y compris les frais de route. Le matériel est neuf : c’est important pour la sécurité. En plus, si j’ai un pneu crevé, j’appelle la société, et ils arrivent ! Ce qu’ils regardent en premier, les jeunes, c’est le matériel ! Ils veulent un camion convenable. C’est normal, on vit toute la semaine dans son camion !"

Salaires et Conditions de travail jouent !

Gérard Baloche, 46 ans, conducteur en courte distance chez TFE, enlève des navettes dans les laiteries et abattoirs entre midi et 22 h : "Nous faisons beaucoup de manutention, mais nous sommes a 9,50€ de l’heure au lieu de 8,70€ comme dans la convention collective et on touche 10 € A l’ancienneté. Les conditions de travail sont assez bonnes, donc nous n’avons pas de problème de recrutement dans notre entreprise. Les jeunes viennent chez nous. Quand des sociétés ont du mal a recruter, c’est parce qu’elles offrent de mauvaises conditions de travail et des salaires au Smic."

N°180 - 7 mars 2008 • Transport Info Hebdo


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